Rencontres cinéma & jeunesse 2009
du 25 mars au 7 avril 2009
Allons enfants !
L’enfance n’est pas une période protégée de la vie. La conquête des droits de l’enfant reste une lutte permanente.
Ces droits peuvent, comme pour les droits de l’homme, être complètement ignorés et bafoués dans bon nombre de pays ; ailleurs, des lois ont été votées, des Déclarations à l’ONU (1959, 1989) ont affirmé la nécessaire protection dont les enfants doivent faire l’objet de la part des adultes et de la société.
Droit à l’alimentation, au logement, à la sécurité, à l’éducation mais aussi à l’affection et à l’amour pour que l’épanouissement de chacun puisse se dérouler partout «d’une façon saine et normale sur le plan physique, intellectuel, moral, spirituel et social, dans des conditions de liberté et de dignité».
Les droits de l’enfant c’est le droit à grandir et à se développer sous la protection de l’adulte.
Trop souvent encore l’adulte ne protège pas l’enfant.
Il en fait un soldat avant l’âge (Johnny Mad Dog de Jean-Stéphane Sauvaire).
Il en fait un misérable (Los olvidados de Luis Buñuel), un exploité (Chop Shop de Ramin Bahrani), un délinquant (Sweet sixteen de Ken Loach).
Dans les situations sociales les plus dégradées l’enfant perd son enfance mais sans vraiment «devenir un homme». Ce n’est qu’une question de survie. Il n’y a pas d’épanouissement, de développement. Il n’y a peut-être, à l’extrême, que la régression vers la barbarie (Sa majesté des mouches de Peter Brook).
Trop souvent aussi, l’adulte n’est plus là. L’enfant doit alors trouver quelqu’un qui l’aidera sur le chemin de la construction de la règle, du rapport à l’autorité et à la loi, de la construction de l’être social.
Cela est vrai des garçons qui comblent l’absence de leur père grâce à d’autres adultes et qui réussissent à construire leur avenir. C’est drôle comme Matthieu, L’Apprenti de Samuel Collardey (dans la ferme de Paul Barbier en Franche-Comté) ressemble comme un frère à Cocada, l’adolescent de Puisque nous sommes nés de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana (dans sa station service du Nordeste brésilien). L’un comme l’autre ont à leurs côtés des adultes qui les écoutent, les aiment et leur transmettent un désir d’être.
Paysan ou chauffeur routier.
C’est peut-être ce qui aura manqué à Valerka, le jeune héros de Bouge pas, meurs et ressuscite et à la jeune Galia. Leur amour et leur débrouillardise ne suffiront pas à empêcher le pire.
Trop souvent les grands tuent les rêves et les enfants aussi.
Les films
Los olvidados
De Luis BUÑUEL
Mexique, 1950, 1 h 29, N&B,
V.O. Espagnol
Luis Buñuel dépeint au plus proche, sans
jamais s’attendrir, l’univers des enfants des
rues, livrés à eux-mêmes et qui tombent
dans la délinquance si on ne leur donne
jamais une chance. Il stigmatise la société
qui les condamne par son rejet et son
manque d’amour. On voudrait croire que
Pedro peut s’en sortir, mais Luis Buñuel ne
cède pas à la facilité et n’épargne pas le
spectateur. Los Olvidados est un film dur
et éprouvant, mais c’est également un film
d’amour, celui que Luis Buñuel porte pour
ces gamins, et qu’il nous fait partager. Un
film qui ne prendra jamais une ride.
Luis BUÑUEL, en 1928, coréalise avec Dali
Un chien andalou qui fait sensation auprès
des surréalistes. En 1930, son film L ’âge
d’or fait scandale. La violence et l’érotisme
latents font jaser, le film est interdit et ne
sera à nouveau dans les salles obscures
que 50 ans plus tard ! En 1947, il s’installe
au Mexique où il se montre très productif :
Los Olividados, La vie criminelle d’Archibald
de la Cruz, Viridiana (Palme d’Or du festival
de Cannes en 1961), Le charme discret
de la bourgeoisie (Oscar du meilleur film
étranger en 1972), Belle de jour restent
parmi ses films les plus célèbres.
Sites internet
traitant du film :
Sa Majesté des Mouches (The Lord of the flies)
De Peter BROOK
Royaume-Uni, 1963, 1 h 32,
V.O. anglais
Pendant la Seconde Guerre mondiale, un
avion transportant des garçons s’écrase
sur une île déserte. Livrés à eux-mêmes
dans une nature sauvage et paradisiaque,
ils tentent de s’organiser, mais leur
groupe vole en éclats et laisse place à une
organisation tribale, sauvage et violente.
Adapté du roman éponyme de William
Golding, le film aborde la question de
la civilisation à travers le parcours d’un
groupe de garçons. Peter Brook fait une
démonstration audacieuse, à partir de la
reconstitution d’une société tribale avec
adoration de divinités, rites et violence, de
la cruauté naturelle et avérée des enfants.
Peter BROOK à la fois dans les domaines
du théâtre, de l’opéra, du cinéma et
de l’écriture. En Grande Bretagne, où il
débute sa carrière dès 1944, Peter Brook
a mis en scène de nombreuses pièces de
Shakespeare pour la compagnie qui allait
devenir en 1961 la «Royal Shakespeare
Company». Il se distingue également dans
cette première période, par la grande
ouverture de son répertoire qui passe, de
manière surprenante, de Shakespeare à
Roussin, de Sartre à Anouilh et de Weiss
à Miller. Peter Brook s’est aussi illustré
comme réalisateur avec Sa Majesté
des Mouches, Marat Sade, Le Roi Lear,
Moderato Cantabile, Le Mahabharata et Rencontres avec des Hommes remarquables.
Sites internet traitant du film :
L'apprenti
de Samuel COLLARDEY
France, 2008, 1 h 25
Mathieu, 15 ans, élève dans un lycée
agricole, est apprenti en alternance dans
la ferme de Paul, une petite exploitation
laitière des plateaux du Haut-Doubs.
Outre l’apprentissage des méthodes de
travail de Paul, Mathieu doit s’intégrer à
la vie de la famille, prendre ses marques,
trouver sa place.
Autour des gestes du travail, des liens se
tissent avec Paul. Il apprend à son contact
ce qui ne s’apprend pas dans une salle de
classe. Car c’est aussi un père absent que
Paul remplace...
Samuel COLLARDEY est originaire du
Haut-Doubs (Franche-Comté) où il réside
aujourd’hui avec sa femme et son fils.
Après un BTS audiovisuel, il travaille comme
technicien pour «France 3 Région» de 1999
à 2001. En 2001, il entre à
« La Fémis » dans le département Image.
Il est chef opérateur sur de nombreux
courts métrages. Son film de fin d’études
en 2005, Du soleil en hiver est primé dans
de nombreux festivals.
Il travaille aujourd’hui comme réalisateur et chef opérateur.
Puisque nous sommes nés
De Jean-Pierre Duret
et Santana Andrea
France, 2008, 1 h 30,
V.O. portugais
Sur un coin de terre dans le Nordeste
brésilien, Cocada et Nego sont deux
adolescents inséparables. L’un est orphelin
et fait des petits boulots dans une station service
perdue au milieu de nulle part,
l’autre rêve de partir et quitter la favela où
il vit avec sa mère et une flopée de frères
et soeus. Produit par Jamel Debbouze,
Puisque nous sommes nés ne dresse pas
un tableau de déchéance sur le terreau de
la misère mais nous offre la dignité de ceux
qui résistent, parents et enfants, et qui ne
revendiquent que le droit de construire
leur avenir. C’est l’un des meilleurs films de
l’année – tous genres confondus. La maîtrise
de la lumière, du cadre et du montage est
telle qu’on a, par moments, l’impression
de voir une fiction. Mais non, la vie est là,
qui bat dans les yeux de ces deux gamins
inoubliables. Aucune fiction n’atteint ce
degré de véracité et d’humanisme.
Jean-Pierre DURET , est né en Savoie
en 1953. Après une longue expérience
théâtrale avec Armand GATTI, il devient
perchman, puis ingénieur du son. Il a
travaillé depuis avec Maurice PIALAT,
Luc et Jean-Pierre DARDENNE,
Jean-Marie STRAUB et Danièle HUILLET,
Jacques DOILLON, Agnès VARDA.
Andrea SANTANA est née dans le Nordeste au Brésil. Architecte et urbaniste de
formation. En 2000, avec Jean-Pierre
DURET, elle devient réalisatrice de documentaires.
Bouge pas, meurs et ressuscite
(Zamri, umri, voskresni!)
De Vitali KANEVSKI
Russie, 1989, 1 h 45
Conseillé à partir de la 4e
U.R.S.S, 1947 : en pleine période
stalinienne, une petite ville de Sibérie,
Soutchan, est transformée en zone de
détention. C’est dans cet univers de
cauchemar que vit Valerka, un gamin de
douze ans à demi-délaissé par sa mère.
Mais ceux qui l’entourent ne lui font pas
de cadeaux. Heureusement qu’il y a Galia,
une fille de son âge d’origine tartare.
Les deux enfants sont amoureux l’un de
l’autre, même s’ils ne le montrent pas. Pour
survivre, ils vendent du thé aux prisonniers
et aux gardiens. Recherché par la police
après avoir fait dérailler un train, Valerka
choisit de fuir vers Vladivostok. C’est là qu’il
fait la rencontre d’une bande de voleurs.
C’est la fidèle Galia qui le tire une nouvelle
fois de ce mauvais pas. Mais les malfrats
les retrouvent…
Le parcours de KANEVSKI est atypique.
Né en 1935, il étudie le cinéma au VGIK
(Institut national de la cinématographie)
en 1966 à Moscou. Accusé d’un viol qu’il
nie avoir commis, il est condamné à huit
ans de camp et n’obtient son diplôme
de réalisateur qu’en 1977. On mesure le
temps perdu quand on sait que Bouge pas,
meurs, ressuscite est son premier film. Il y
a donc mis toutes ses tripes, tout son coeur,
toute son âme. Un véritable chef-d’oeuvre
primé par la caméra d’or à Cannes en 1990.
Avec Une vie indépendante en 1991 et
Nous, les enfants du XXe siècle
Vitali Kanevski prend la défense des
enfants et des adolescents des rues,
sacrifiés par la société russe d’aujourd’hui.
Sites internet traitant du film :
Sweet sixteen
de Ken Loach
GRANDE-BRETAGNE, 2002, 1 h 46,
V.O. Anglais
Interdit au moins de 12 ans
Liam aura 16 ans. Sa mère, Jean, qui est
en prison, doit être libérée à temps pour
l’anniversaire de son fils. Liam compte
bien saisir l’occasion pour que, cette fois
enfin, tout se passe bien. Il rêve d’une
famille comme il n’en a jamais eue. Il veut
un foyer, un endroit sûr pour sa mère, sa
soeur Chantelle et lui-même. Encore faut-il
trouver de l’argent et, pour un adolescent
fauché, ce n’est pas une mince affaire.
Rapidement, les ennuis commencent.
Ken Loach, réalisateur lucide et engagé,
s’impose comme le fondateur de la vague
néo-réaliste du cinéma britannique. En
1968 il remporte le «Prix Italia» pour
son documentaire Cathy Come Home diffusé sur la BBC en 1966. Kes en 1969,
confirme sa renommée internationale.
Ken Loach peut alors se consacrer à des
longs métrages, dont le propos est toujours
engagé, politiquement ou socialement. Il
dénonce des réalités sociales dans Rainning
Stones, My name is Joe, Navigators ou
encore Sweet Sixteen. On doit aussi à Ken
Loach, le magnifique Land and Freedom sur la guerre d’Espagne. Dans Juste a Kis’s et It’ s a Free World, Ken Loach aborde le
délicat thème de l’immigration.
Chop Shop
De Ramin BAHRANI
USA, 2007, 1 h 24,
V.O. Anglais
CHOP SHOP : expression d’argot qui désigne le
fait de démonter des voitures volées pour les
vendre en pièces détachées.
C’est un gamin des rues d’origine latinoaméricaine.
Il vit et travaille dans un
garage dans un quartier surnommé “Le
Triangle de Fer”, au fin fond du Queens, la
banlieue new-yorkaise. Il vit seul jusqu’à
l’arrivée de sa soeur, Isamar, 16 ans.
Alejandro lui trouve un travail dans un
snack installé dans un camion. De son côté,
il économise pour s’acheter à son tour un
véhicule et monter sa petite entreprise
de restauration avec sa soeur. Quand leur
rêve et même leur relation fraternelle sont
menacés par la réalité qui les rattrape,
les enfants vont être obligés de prendre
des décisions que la plupart des adultes
n’auraient pas à prendre.
Ramin BAHRANI, réalisateur et scénariste
américain, est né en 1975. Adepte des
passerelles entre documentaire et fiction,
il se fait connaître grâce à des longs
métrages focalisés sur des héros surgis tout
droit du quotidien. Fils d’immigré iranien, le
cinéaste s’intéresse au statut des citoyens
en devenir, les mêmes qui vivent en marge
de la société américaine dans l’attente
d’une intégration ; ainsi naît Man Push Cart son premier long métrage. Chop Shop poursuit dans cette veine.
Ramin Bahrani envisage les films comme
des aventures humaines : la fiction naît
d’une rencontre avec un personnage réel ou
un quartier pittoresque.
Johnny Mad Dog
de Jean-Stéphane SAUVAIRE
France, 2008, 1 h 33,
V.O. Anglais
Afrique, de nos jours.
Johnny, quinze ans, enfant-soldat armé
jusqu’aux dents, est habité par le “chien
méchant” qu’il veut devenir. Avec son
commando, No Good Advice, Small Devil
et Young Major, il vole, pille et abat tout
ce qui croise sa route. Laokolé, treize
ans, poussant son père infirme dans une
brouette, tâchant de s’inventer l’avenir que
sa scolarité brillante lui promettait, s’efforce
de fuir sa ville livrée aux milices d’enfants
soldats, avec son petit frère Fofo, huit ans.
Tandis que Johnny avance, Laokolé fuit…
Jean Stéphane SAUVAIRE, assistant
réalisateur sur de nombreux longs
métrages, réalise entre 2000 et 2003 trois
courts métrages : la Mule, A dios et Matalo.
En 2003, il réalise Carlitos Medellin, long
métrage documentaire sur les
“enfants tueurs” des rues de Medellin
dans une Colombie étouffée par les
trafics d’armes et de drogues. Le film est
sélectionné dans de nombreux festivals
autour du monde et obtient en 2004 le
«Prix du Meilleur Film pour les Droits de
l’Enfant». Johnny Mad Dog est son premier long
métrage de fiction.
Rencontres et Débats
Mercredi 25 mars de 14 h à 17 h,
Intervention au C.D.D.P. à Montbéliard
Florence CORONEL
Professeure certifiée en cinéma-audiovisuel,
responsable des contenus cinéma au C.D.R.P. de Lyon
Directrice éditoriale du DVD pédagogique sur «Tierra sin pan»
de Luis Buñuel (C.R.D.P. de Lyon, juin 2008).
Formatrice « Images » à la D.A.A.C. de Grenoble.
- Présentation du DVD «Tierra sin pan»
Dans ce film documentaire, Buñuel nous invite à un voyage dantesque dans la région des Hurdes (Espagne), où dans les années trente, le pain était presque inconnu des enfants. Le DVD permet de comprendre cette oeuvre majeure de l’histoire du cinéma, censurée et oubliée, puis restaurée et réhabilitée. Plus de trois heures de médias et de nombreux compléments inédits pour appréhender ce film et la question de la représentation du réel au cinéma.
- Présentation des ressources du C.D.D.P. pour le cinéma et le thème « Droits de l’enfant »
CDDP du Doubs antenne de Montbéliard
Les Portes du Jura, 4 place Lucien Tharradin, 25200 Montbéliard
Tél. : 03.81.31.28.90 - fax : 03.81.31.28.99 - site : cddp25@ac-besancon.fr
Mercredi 25 mars - 20 h 15
au Colisée - Montbéliard
SOIREE OUVERTURE
Avec la projection du film Los Olvidados en présence de Florence CORONEL
Jeudi 26 mars au Colisée
Projection du film Los Olvidados pour les scolaires
en présence de Florence CORONEL
Vendredi 27 mars au Mégarama
et jeudi 2 avril au Colisée
SAMUEL COLLARDEY
Il sera présent aux projections de L’apprenti pour les scolaires
UNICEF
En collaboration avec l’UNICEF dans le cadre du 20e anniversaire
de la «Convention internationale des droits de l’enfant» (ONU 1989).
L’UNICEF propose d’intervenir dans les établissements scolaires sur le thème
des Enfants-soldats.
Les enfants sont toujours les premières victimes des conflits armés, indirectement lorsque leurs parents disparaissent ou lorsque leur environnement est détruit mais aussi lorsqu’ils sont enrôlés, le plus souvent de force, dans des groupes armés.
Depuis des années l’UNICEF vient en aide à ces enfants en intervenant pour provoquer leur démobilisation puis pour leur apporter une formation et les aider enfin à se réinsérer dans la société.
Ces différents aspects seront abordés à partir de deux supports : une exposition et
un film de 8 mn.
Animation pendant une heure
Contacts : Mireille Silvant, 4 rue de l’Églantine, 25460 ETUPES
Tél : 03.81.96.69.66 - e-mail : silvantm@orange.fr
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